1980-05-01 • « SE DÉFENDRE » • Culture générale juridique

Document du jeudi 1er mai 1980
Article mis à jour le  22 décembre 2015
par  • SJSDA

• Le texte qui suit correspond à la démarche inverse de celle de participation — y compris critique — au Service public.

• Il correspond à la contestation — y compris constructive indirecte — en restant extérieur au Service public.

➡ Ce texte est indépendant de la nature des droits en cause et indépendant des « idées », notamment celles de politique : il exprime la notion même de droit/droits, y compris d’abord droit public/droit administratif, notion rigoureusement distincte de celle de “bienfaisance si vous êtes gentils”.

SE DÉFENDRE

1. — Évitons d’abord le problème ressassé du réformisme et de l’anti-réformisme. Nous n’avons pas à prendre en charge les institutions qui ont besoin d’être transformées. Nous avons à nous défendre tant et si bien que les institutions soient contraintes de se réformer. L’initiative doit donc venir de nous, non pas sous forme de programme mais sous forme de mise en question et sous forme d’action.

2. — Ce n’est pas parce qu’il y a des lois, ce n’est pas parce que j’ai des droits, que je suis habilité à me défendre ; c’est dans la mesure où je me défends que mes droits existent et que la loi me respecte. C’est donc avant tout la dynamique de la défense qui peut donner aux lois et aux droits une valeur pour nous indispensable. Le droit n’est rien s’il ne prend vie dans la défense qui le provoque ; et seule la défense donne, valablement, force à la loi.

3. — Dans l’expression « Se défendre », le pronom réfléchi est capital. Il s’agit en effet d’inscrire la vie, l’existence, la subjectivité et la réalité même de l’individu dans la pratique du droit.
— Se défendre ne veut pas dire s’auto-défendre. L’auto-défense, c’est vouloir se faire justice soi-même, c’est-à-dire s’identifier à une instance de pouvoir et prolonger de son propre chef leurs actions. Se défendre, au contraire, c’est refuser de jouer le jeu des instances de pouvoir et se servir du droit pour limiter leurs actions.
— Ainsi entendue, la défense a valeur absolue. Elle ne saurait être limitée ou désarmée par le fait que la situation était pire autrefois ou pourrait être meilleure plus tard. On ne se défend qu’au présent : l’inacceptable n’est pas relatif.

4. — Se défendre demande donc à la fois une activité, des instruments et une réflexion.
— Une activité : il ne s’agit pas de prendre en charge la veuve et l’orphelin mais de faire en sorte que les volontés existantes de se défendre puissent venir au jour.
— De la réflexion : se défendre est un travail qui demande analyse pratique et théorique. Il lui faut en effet la connaissance d’une réalité souvent complexe qu’aucun volontarisme ne peut dissoudre. Il lui faut ensuite un retour sur les actions entreprises, une mémoire qui les conserve, une information qui les communique et un point de vue qui les mettent en relation avec d’autres. Nous laisserons bien sûr à d’autres le soin de dénoncer les « intellectuels ».
— Des instruments : on ne va pas les trouver tout faits dans les lois, les droits et les institutions existantes mais dans une utilisation de ces données que la dynamique de la défense rendra novatrice.


« SE DÉFENDRE » : • Il s’agit d’un texte inédit écrit par Michel Foucault pour les Premières assises de la défense libre, à La-Sainte-Baume, en 1980. Le texte a été cosigné par Jean Lapeyrie, Dominique Nocaudie et les avocats du réseau défense libre, Henry Juramy, Christian Revon et Jacques Vergès. • La prise en considération de ce texte thématique ne représente par elle-même aucune affinité générale avec les précités : ce texte est indépendant de la nature des droits en cause et indépendant des « idées », notamment celles de politique : ➡ ce texte exprime la notion même de droit/droits, y compris d’abord droit public/droit administratif, notion rigoureusement distincte de celle de “bienfaisance si vous êtes gentils”.



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